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Notre ami Peter Wood est mort
le Dimanche 4 Avril 1999
à 22 heures 05

Boîte de Peter Wood. Voir expo à Conches

Texte dit au Père-Lachaise par Marie-Dominique Massoni le 10 Avril 1999

“ Bonne traversée ”

C’est Sam Goldwyn qui la souhaite à ceux qui restent sur le quai, nous dit Peter Wood dans le Désir libertaire,

“ Un hors-bord accoste sur la grève – le capitaine est debout, immobile, les bras croisés, chef peau-rouge en ciré noir. Bateau lugubre : les chausses sombres de son moteur éprouvant la température du bain, il a dû revenir en grande vitesse de l’île des Morts ”.

Piéton du monde, rêveur de tous pays, insulaire à l’île de Bonaventure, compagnon des fous de Bassan, Peter est cet horizon même où la mer et le ciel se confondent. Voyageur au long cours, c’est avec Madeleine Loiseleur qu’il s’en va en Inde, au Japon, à Bali, au Mexique ou aux Etats-Unis au début des années 80, c’est de la Grèce qu’il espère l’été dernier un retour de ses forces défaillantes, des îles. Insulaire à qui Paris découvre les lieux mythiques d’autres promeneurs, des surréalistes par exemple.

 

Sa découverte du surréalisme lui a fait abandonner l’Angleterre. Sa rencontre avec la poésie de Joyce Mansour a décidé d’un voyage à Paris et de sa décision d’y résider désormais. Il sait déjà le français et Alice qu’il a connue comme lectrice de français sur les bancs de l’école est restée depuis son amie. Il connaît aussi l’allemand. Bientôt il comprendra aisément toutes les langues latines et germaniques. Il se met même à l’étude du japonais. Car Peter est à la fois capable de plonger dans les eaux de toutes les langues et d’en sentir les courants, aussi bien que d’en saisir leurs hauts fonds. Certains d’ailleurs peuvent d’abord avoir connu de lui cette capacité de passage. Car la traduction est aussi un jeu de transformation d’une matière en une autre.

Avec lui nous avons rendez-vous sur le Rocher percé entre automatisme et mélancolie.

Les premiers poèmes de Peter, comme plus tard ses boites, jaillissent en dictée de l’inconscient, et ses jeux de mots, jeux de sons laisseront place à des textes en prose où il relate des expériences réelles ou des notations de voyage.

Night shade.

Mettrai-je un strict costume vert avec cravate en harmonie ou prendrai-je son sourire enfantin, toujours déçu que les hommes ne répondent pas avec la même enfance ? ou prenant sérieusement un grand inspir vous chanterai-je un air de comédie musicale ? Je n’ai pas la voix éclatant dans les graves de notre ami, pas de cravate non plus, mais j’associe pour lui les images de Marilyn, Virginia Woolf, Joyce Mansour de toutes ces femmes qui eurent le front de vouloir être selon leur désir.

Et comme il aimait à détourner les paroles des chansons pour épingler qui lui semblait dérisoire, nous pourrions, après avoir mangé un yorkshire pudding faire des claquettes et mener la danse avec Rachel et Krzyztof Fijalkowsky, d’ici au bois où courent des chevaux et de là sauter sur une table de bridge avant de faire halte au Bougainville où Guy Flandre nous attend.

L’histoire de Peter ne se sépare pas des liens qu’il a tissés entre tant d’amis. Conroy Maddox, Philip West, Kathy Fox, Anthony et Gaïl Earnshaw, ou Kenneth Cox, et Sarah Metcalf présents dimanche dernier, c’est lui qui nous les a fait rencontrer, car dans un monde où la fulgurance des rencontres n’a d’égale que la violence des ruptures, il a toujours essayé d’être un hermès, lui qui ne supporta jamais les ruptures entre ceux qu’il aimait ou avec ceux qu’il aimait.

Il fut avec d’autres à l’origine de The Moment, de Grid, participa à la deuxième série du Désir libertaire d’Abdul Kader el Janaby. Complice de Jimmy Gladiator, il fréquenta aussi son café et on put le lire dans la Crécelle noire par exemple. Mais il sut aussi garder une tendre amitié pour les surréalistes qui n’avaient pas accepté l’éclatement de 1969, et il participa à trois de leurs expositions, tout comme il fréquentait régulièrement leur café dit de la Tour Saint Jacques, comme il organisa une grande migration de quelques jours de ses amis anglais à Prague. Ses amis anglais, beaucoup, presque tous avaient partie liée avec le surréalisme.

Un numéro de la revue Hourglass en 1984, après un exil de quelques mois en Angleterre, marque son retour en France. Dès 1985 il a commencé de faire des boites. Des cagettes en polystyrène peintes en noir, lui servant de réceptacle il y enclôt divers éléments.. Et en 1986 il s’en va en Suède préparer l’exposition Dunganon : At large organisée par Tony Pusey et Bo Veisland. Bo Veisland lui donnant des boites vitrées venues de la faculté de biologie de Copenhague, dont l’une encore contient des scarabées, le voilà passé sous verre. Eléments de prédilection du sieur : les vieux bijoux, verroteries et autres fragments de dentelles ou de dessous féminins, photos de sexes de femmes. Il pouvait faire plusieurs boites en une seul jour dans une jubilation de colle et de fragments créant autant d’îles encloses sur le merveilleux.

Iles volantes : Peter participe à l’exposition du groupe de Paris du mouvement surréaliste en Hollande, comme à la Marelle des révoltes avec un jeu consistant à coller Barcelone dans le moment révolutionnaire et le Paris d’aujourd’hui. Ces fusions de deux réalités, il les a aussi pratiquées seul, bien avant. Il avait ainsi conçu plusieurs livres dont un à partir d’images du Paris de 1900 et d’animaux arctiques. Il participa à d’autres jeux collectifs avec le groupe de Paris du mouvement surréaliste, et “ monta au vent ” avec eux à Grenoble en 1996. D’autres expositions notamment à l’Usine nous permirent de voir ses œuvres. Il s’apprêtait à y exposer, invité une nouvelle fois par Claude Brabant.

C’est dans l’association Hourglass qu’il porta au mieux  ses capacités à mettre en écho les œuvres de ceux qu’il aimait. Avec Guy Flandre, Claudette Lucand, Oscar Borillo, puis Christine Kimmel, il nous offrit quelques moments d’intense complicité : découverte de l’œuvre de Farid Lariby, ou de celle de Kathy Fox, dans un Labyrinthe des songes faisant écho à d’autres : Georges Lem, Jean-Pierre Paraggio, Jim Warren, aux surréalistes tchèques Analogon, français Terre intérieure, anglais Curioser and curioser, Marianne Van Hirtum, Guy Girard ou André Bernard. D’autres encore.

Hourglass, ce furent aussi des publications : poésies, catalogues d’expositions ; il avait commencé bien entendu par Joyce Mansour. Vinrent ensuite Marianne Van Hirtum, Haïfa Zangana, Alain-Pierre Pillet, Anthony Earnshaw, Guy Girard, et d’autres pour lesquels il se faisait tour à tour traducteur, claviste, ou relieur.

Quelques rudes expériences jalonnèrent son parcours parmi lesquelles celle avec un photographe anglais auquel il fit découvrir le Paris mythique des surréalistes, Peter devait écrire le texte accompagnant les prises de vues, mais le sire les publia sans même un remerciement à son Cicerone. La publication des écrits de Matta à l’occasion de la  rétrospective lui fut aussi de sinistre mémoire.

Sa dernière exposition aura été Montmartre en Europe l’an dernier et avec d’autres artistes il aura à l’Or du temps participé à l’organisation de l’exposition en soutien à Antoine Soriano en donnant des œuvres de lui et des œuvres en sa possession.

Tendre et généreux Peter, dont la révolte contre cette société médiocre se lit dans une vie toute entière tournée vers le partage des créations sensibles.

Mais qui sait qu’il a eu aussi une activité de type syndicaliste ? Quand il était enseignant dans le privé il obtint en effet que les jours fériés fussent payés aux enseignants.

Qui sait aussi sa passion pour l’histoire des Hohenstaufen, Frédéric Barberousse en particulier, ou celle de Byzance ?

“ Les somnambules sont retournés dormir, s’enroulant dans leur goémon remonté jusqu’au cou. Bravant les intempéries des mouettes tridactyles gardent la ligne laissant le message passer.

Au fur et à mesure que le premier né s’effondre dans la pente, des éléments érodeurs du temps feront basculer la barrière du câble. De loin, ce cri de fou n’a plus aucun lien avec le sanctuaire des Morts.

Vols sur les lignes polaires – tous les passagers connus sont appelés à se présenter. Destination : île de Bonaventure.

 

Flight : yes

Siège : 19 D

Marche : avant ”

Peter Wood in le Désir libertaire

 

Pour Peter le 10 avril 1999

MD Massoni
Jean-Jacques Méric
et Guy Girard