Aujourd'hui
la revue 
 S.U.R.R.
Résistance
Les Editions 
 surréalistes
Chrono
Les Amis
Chimères
Expos

Invitations

Des élections législatives récentes l’ont encore démontré : l’extrême droite s'est durablement installée, tant sur la scène politique, malgré son manque de représentation parlementaire, que dans la vie quotidienne.

Qui peut, face à cette situation déjà désastreuse, la sonnette d'alarme tirée, se satisfaire d'une union des « bonnes volontés » qui mènerait la démocratie vers des jours meilleurs ? Et quelle démocratie ? Ne mène-t-on pas un combat en retraite si l'on ne met pas à nu ce cauchemar, où les pires raisons de l’histoire rendent coeur à la déraison de vivre ?

Ce qui s'aggrave de nos jours déborde largement la marge de manoeuvre consentie pour ne pas troubler plus avant un avenir las de ses modèles. L'idée passe-partout d'une  « crise de l'identité » dissimule en fait la faillite des processus identificatoires proposés à ceux en qui on ne veut toujours voir que des consommateurs. Les désirs ne devraient-ils prendre sens qu'au travers des images les plus conformes à l’ineptie des rapports marchands ?

L'imaginaire, tant qu'il n’est pas vécu pour agir le monde, ne réagit que par le biais de fantasmes archaïsants, et ils circulent insidieusement, dès lors que rien n’est offert de nouveau face au malaise civilisé Ainsi, une fois encore, l'irrationalité de vies malmenées par la déraison de I'Etat et de l'économie capitaliste trouve son terrain d'expression politique dans une mouvance fasciste. Et celle-ci se renforce sans cesse de se savoir la seule à s'instituer dans ce rôle d'exutoire, et peut-être bientôt de catalyseur pulsionnel. Le racisme, la xénophobie, la nostalgie d'un chef providentiel et le culte de l'abominable trinité « travail, famille, patrie » prospèrent sur la négation, entretenue à longueur de médias, de l'utopie et du désir de révolution.

Le sens de la fête n'étant plus le fait que de solitaires qui se côtoient sans se rencontrer, on doit à cette négation l'asservissement des relations sociales au seul principe de réalité. L'exacerbation spectaculaire des instincts s'accommode fort bien des plus redoutables modes de refoulement qui constituent un des principaux moyens de séduction de l’extrême droite.

Comment la peur de l'autre fonctionne-t-elle comme fantasme répulsif interdisant tout échange symbolique ? Quels sont les mensonges, ne serait-ce que par omission, en lesquels se décèlent les moyens de formation et de croissance d'un délire qui, demain, pourrait porter au pouvoir le néo-fascisme ? C'est au coeur même de notre activité militante, dans les ressacs de la vie quotidienne, que nous dénonçons en actes le discours de l'extrême-droite qui mise sur la panique d'une perte d’identité et donne pour cible le voisin inconnu.

La lutte entreprise pour l’éradication définitive du fascisme, et surtout de ce qui le génère, implique d'abord une réappropriation de la dynamique imaginative du corps social, tendue vers la réactivation du mythe libertaire. Evitons la répétition de l'erreur des années trente, si bien dénoncée par Ernst Bloch : « Les nazis n'ont pu monter aussi tranquillement leur escroquerie que parce qu'une gauche trop abstraite ( .. ) a sous-alimenté l'imagination de base, parce qu'elle a presque abandonné le monde de l'imagination. »

C'est pourquoi nous travaillons à l'examen des tentatives d'assimilation et des filiations revendiquées par le fascisme avec des mythologies anciennes ou avec des faits historiques (depuis les mondes celte et germanique jusqu'à Nietzsche, depuis la figure de Jeanne d'Arc jusqu'à la tête ahurie de Louis Capet), quitte à montrer comment de telles mystifications trouvent leur origine dans les modes de pensée dominants.

A cela nous voulons opposer les mythes renaissants ou nouveaux, supports de l'utopie dans la quête du devenir.

Face à quiconque croirait pouvoir trouver dans d'anciens mythes la justification d’une idéologie crétinisante, nous projetons vers l'avenir la mémoire de cette légende celte : celle de Brân, le chef archaïque, dont la tête coupée, marquant l'entrée dans le règne de l'Hospitalité symbolise pour chaque membre de la communauté, avec la conquête de son autonomie, le futur pacte harmonique.

 

Groupe de Paris du Mouvement surréaliste

Une contribution au débat du Groupe de Paris du mouvement surréaliste 

Luc Barbaro, Jean-Claude Belotti, Anny Bonin, Thierry Bouche, Thérèse Goujon, Vincent Bounoure, Aurélien Dauguet, Emmanuel Fenet, Guy Girard, Jean-Pierre Guillon, Michel Lequenne, Michaël Löwy, Marie-Dominique Massoni, Thomas Mordant, Alexandre Pierrepont, Ody Saban, Bertrand Schmitt, Marc Thivolet , Daniel Vassaux, Michel Zimbacca

 

Ras l’front, n°13 – Juin 1993, p. 15

 

Contexte: Code de la nationalité. Ce numéro titrait "Balladur renforce l'extrême-droite" et poursuivait "(...) le nouveau gouvernement a clairement choisi de cautionner le délire identitaire de l'extrême droite, pensant sans doute lui faucher l'herbe sous les pieds, alors qu'il ne fait que le renforcer en lui offrant une apparence de légitimité republicaine (...)"